Sans Picasso est un ouvrage qui plonge au cœur de l’existence singulière de Dora Maar après sa rupture avec le célèbre peintre. Ce livre, fruit de la plume mélancolique de Stéphan Lévy-Kuentz et des photographies poignantes de Jérôme de Staël, offre une perspective inédite sur une femme souvent réduite à son statut de muse. Loin des projecteurs de la vie parisienne et de l’ombre tutélaire de Pablo Picasso, c’est à Ménerbes, petit village du Vaucluse, que Dora Maar a choisi de se retirer. Sans Picasso nous invite à redécouvrir Dora Maar, la photographe surréaliste et l’artiste peintre, dans sa quête d’identité et sa confrontation avec la solitude. Le titre, Sans Picasso, prend ici une dimension radicale. Il ne s’agit pas d’une absence physique — puisque le peintre a quitté sa vie depuis longtemps — mais du combat d’une femme pour exister dans le vide laissé par un « soleil » trop ardent.
Dora Maar : une existence au-delà de l’ombre de Picasso – L’histoire de Dora Maar est indissociable de celle de Pablo Picasso, une liaison passionnelle et destructrice qui a marqué la vie de la photographe entre 1936 et 1943. Muse et modèle du « pape de l’art moderne », Dora Maar a longtemps été perçue à travers le prisme de cette relation tumultueuse. Pourtant, comme le souligne Stéphan Lévy-Kuentz, son œuvre et son existence vont bien au-delà de cette période. Figure emblématique du surréalisme, son travail argentique, empreint d’une singularité et d’une force rares, la place parmi les grandes photographes du XXe siècle. Après leur séparation en 1943, Picasso lui offre une maison à Ménerbes, dans le Vaucluse. Ce cadeau de rupture marque le début d’un profond retrait pour Dora Maar. Inconsolable d’amour, elle délaisse progressivement la photographie pour se consacrer à la peinture et à l’écriture. C’est dans cette demeure provençale, loin de l’agitation parisienne, qu’elle cherche à se reconstruire, hantée par le souvenir de son « Minotaure » durant plus d’un demi-siècle. Le texte de Lévy-Kuentz explore avec finesse cette période de sa vie, abordant les thèmes universels de la dépossession, de la solitude et du temps.
Le refuge de Ménerbes : un nouveau départ? – Le village de Ménerbes devient le théâtre de cette nouvelle phase de l’existence de Dora Maar. Ce n’est pas un exil, mais plutôt une quête de soi, une tentative de se réapproprier une identité artistique et personnelle. Entourée de rares amis, dont Nicolas de Staël, elle y développe une œuvre picturale souvent sombre et introspective, loin des audaces de ses photographies surréalistes. Stéphan Lévy-Kuentz dépeint une femme libre et singulière, mais aussi torturée, dont la créativité s’exprime désormais dans l’intimité de son atelier. La maison de Ménerbes, plus qu’un simple abri, devient un espace de contemplation et de création, un lieu où le passé et le présent se rencontrent, où l’art tente de panser les blessures.
L’œil de Jérôme de Staël : archiver un patrimoine affectif – Le regard de Jérôme de Staël sur la maison de Dora Maar à Ménerbes est d’une importance capitale pour la compréhension de Sans Picasso. Habitant historique de Ménerbes, Jérôme de Staël, fils de Nicolas de Staël, a fréquenté Dora Maar dès son enfance, tout comme sa sœur Anne. Cette proximité confère à ses photographies une dimension profondément intime et authentique. Après la mort de Dora Maar en juillet 1997, et avant la réhabilitation des lieux, Jérôme de Staël a eu le privilège de pénétrer dans cette maison restée à l’abandon. Son objectif a alors capturé l’essence d’un quotidien pétrifié, figeant des scènes et des objets qui racontent l’histoire d’une vie. Ses clichés en noir et blanc ne sont pas une simple célébration nostalgique d’un temps révolu, mais un véritable archivage d’un patrimoine affectif inscrit dans la pierre. Chaque image est une fenêtre ouverte sur les traces laissées par une femme qui a choisi de vivre en retrait.
Sans Picasso est un ouvrage profond et touchant qui revisite l’existence de Dora Maar à travers le prisme de son après-Picasso. L’écriture nostalgique de Stéphan Lévy-Kuentz, combinée aux photographies touchantes de Jérôme de Staël, crée une œuvre qui réhabilite la figure de Dora Maar dans toute sa complexité et sa grandeur. Ce livre est un voyage dans l’intimité d’une artiste, une méditation sur la solitude et le temps. Il invite le lecteur à dépasser les clichés pour découvrir une femme dont l’héritage artistique et humain mérite d’être pleinement reconnu.
