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Baudelaire juge ses contemporains : l’art de la critique en liberté | Éditions Manucius
Littéra · Portraits d'écrivains · Éditions Manucius

Baudelaire juge ses contemporains : l’art de la critique en liberté

Un Baudelaire lecteur, exigeant et passionné, qui fait de la critique une véritable forme de création.

On connaît Baudelaire poète, l’auteur des Fleurs du Mal, mais beaucoup moins le critique littéraire qui, dès les années 1840, observe, commente et juge les écrivains de son temps. Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains permet de redécouvrir cette dimension essentielle de son œuvre.
Portrait photographique de Charles Baudelaire par Étienne Carjat, 1865
Charles Baudelaire photographié par Étienne Carjat, 1865.
Couverture du livre Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains de Charles Baudelaire, éditions ManuciusDécouvrir le livre →
12 × 16 cm144 pages13 €

Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains : le projet d’un livre de critique

Écrits entre 1859 et 1861, les dix textes réunis dans Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains étaient destinés à une vaste anthologie de la poésie française, Les Poètes français, dirigée par l’homme de lettres Eugène Crépet. Baudelaire devait y présenter des poètes du XIXe siècle, mais les contraintes imposées à ses notices et les désaccords avec Crépet compliquèrent l’entreprise.

Neuf de ces textes furent finalement publiés en 1861 dans la Revue fantaisiste, sous le titre Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains ; la dixième notice, consacrée à Hégésippe Moreau, ne paraîtra qu’après la mort de Baudelaire, dans L’Art romantique, en 1869. Le poète avait pourtant imaginé un véritable livre de critique littéraire portant ce titre, auquel il aurait également intégré ses textes sur Edgar Poe, Richard Wagner ou encore les dandies.

Il ne put mener ce projet à son terme. Cette nouvelle édition permet ainsi de retrouver, dans un ensemble cohérent, le noyau d’un livre que Baudelaire avait rêvé sans jamais pouvoir l’achever.

Le critique n’est pas extérieur à l’artiste : il possède lui aussi une sensibilité créatrice et son jugement constitue une forme de traduction de l’œuvre.Baudelaire · critique littéraire
Portrait photographique de Théophile Gautier, contemporain de Baudelaire
Théophile Gautier, l’une des grandes figures auxquelles Baudelaire consacre son regard critique.
Une galerie d’écrivains singuliers

Le choix des écrivains révèle toute l’originalité du regard baudelairien : aux grandes figures consacrées répondent des voix plus marginales, défendues avec la même attention.

Aux côtés de figures majeures comme Victor Hugo, Théophile Gautier, Théodore de Banville ou Leconte de Lisle apparaissent Marceline Desbordes-Valmore, Auguste Barbier, Pétrus Borel, Gustave Le Vavasseur, Pierre Dupont et Hégésippe Moreau.

Baudelaire ne se contente jamais d’établir un palmarès : il cherche chez chacun une voix, une sensibilité, une conception singulière de la poésie. Sa critique est personnelle, passionnée, parfois sévère, mais elle obéit à une exigence constante : l’originalité doit s’accompagner d’une véritable maîtrise de la forme.

Pour Baudelaire, le critique n’est donc pas extérieur à l’artiste : il possède lui aussi une sensibilité créatrice et son jugement constitue une forme de traduction de l’œuvre.

Portrait peint de Victor Hugo par Léon Bonnat
Victor Hugo : admiration, réserve et lecture d’un poète universel.

La longue notice consacrée à Victor Hugo en offre l’exemple le plus spectaculaire : admiration et réserve s’y mêlent, tandis que Hugo apparaît comme un poète universel, capable d’embrasser le visible et l’invisible, la grandeur comme la faiblesse humaine.

À l’inverse, Baudelaire sait aussi défendre des écrivains moins reconnus et réhabiliter des sensibilités que l’histoire littéraire risque d’oublier. Son regard critique se construit ainsi moins comme un classement que comme une lecture personnelle des forces, des limites et des singularités de chaque œuvre.

Cette liberté de jugement fait de ces textes un document précieux sur la littérature du XIXe siècle, mais aussi sur Baudelaire lui-même : le critique y révèle les principes esthétiques qui nourrissent sa propre création.

Une édition fondée sur les sources

Le travail éditorial restitue la genèse et les différentes versions des textes afin de rendre au projet baudelairien sa cohérence historique et littéraire.

Pour cette édition, Catherine Delons a établi, présenté et annoté les textes en confrontant leurs différentes sources de publication. Les neuf premières notices suivent leur ordre de parution dans la Revue fantaisiste ; celle sur Banville est reprise dans la version publiée dans Le Boulevard en 1862, ici rééditée pour la première fois, tandis que le texte sur Hégésippe Moreau tient compte des corrections relevées par Jacques Crépet sur des épreuves corrigées par Baudelaire.

Érudite sans être inutilement distante, cette édition restitue ainsi toute la richesse d’un Baudelaire lecteur, juge et historien de la littérature. Elle rappelle surtout que derrière le poète des Fleurs du Mal se tient un écrivain pour qui penser la littérature constitue une part essentielle de l’acte de création.

Une édition essentielle pour redécouvrir Baudelaire lecteur, juge et historien de la littérature.

À propos de cette édition : Charles Baudelaire, Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains, édition établie, présentée et annotée par Catherine Delons, Éditions Manucius.
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